CHI521A – Hand-out n°2

 

Grammatologie chinoise

L'écriture chinoise : généralités

Quelques caractérisations courantes

Elaboration de la notation chinoise

Graphèmes

Monogrammes : noyau historique de la notation

Pictogramme

Symbologramme

Quasi-monogrammes et polygrammes dérivés des pictogrammes

Pictosymbologramme

Idéopictogramme

Principales fonctions des pictogrammes et dérivés dans l’écriture chinoise archaïque

Caractère indépendant représentant une morphosyllabe

Principe analogique

Principe dérivatif

Principe phonographique (emprunt, transfert…)

Graphème constituant de polygrammes

Idéophonogramme

Idéogramme

 

Grammatologie chinoise

L'écriture chinoise : généralités

Quelques caractérisations courantes

- idéographique

« Représentant les idées indépendamment des sons ».

Les caractères chinois ou 'sinogrammes' ne représentent pas directement les 'idées'. Ils dénotent des morphèmes, et quand les deux coïncident, des mots.
Le symbole de la tête de mort est un idéogramme.

- pictographique

« dessinant ou représentant les idées ». 
Toute les écritures se sont développées historiquement à partir de pictogrammes. De même dans toute les écritures, les pictogrammes son voués à perdre leur motivation référentielle dans la réalité extra-linguistique.

Cette caractérisation n’a donc d’intérêt que dans la cadre de l’histoire du développement de la notation chinoise dans l’antiquité.

- logographique

« Dont les symboles représentent les mots ».

- morphosyllabique

« représentant les morphèmes monosyllabiques ».

Ce terme caractérise l'unité linguistique dénotée (de façon dominante) par l’unité graphique de base.

Lecture complémentaire :   Lecture : Viviane Alleton "Questions sur l'écriture chinoise" (Pdf 124K)

Elaboration de la notation chinoise

Graphèmes

Une décomposition combinatoire des caractères de la notation chinoise archaïque fait ressortir :

-         un ensemble d’éléments graphiques récurrents, distinctifs et tendant historiquement à la discrétion, les graphèmes ;

-         l’existence de deux grands types de caractères : les monogrammes (constitués d’un seul graphème) et les polygrammes, constitués de deux ou plusieurs graphèmes.

Une troisième catégorie de quasi-monogrammes peut être dégagée, constituée de caractères dont la décomposition en graphèmes laisse un reste non assimilable à un graphème à part entière. Ce reste est un trait graphique, distinctif mais non productif. Son interprétation est limitée à un caractère donné [voir plus loin pictosymbologramme].

[Shuowen jiezi : / ]

Monogrammes : noyau historique de la notation

Pour l’essentiel, les monogrammes de la notation chinoise étaient des pictogrammes et, dans une moindre mesure, des symbologrammes.

Ce qui, en premier abord, distingue les pictogrammes chinois des pictogrammes des autres écritures archaïques c’est la nature expansionniste de l’unité linguistique à laquelle ils se sont accrochés : le morphème, à une époque où les mots étaient majoritairement monosyllabiques  [1].

L’écrasante suprématie des polygrammes dans la notation chinoise résulte principalement de ce fait : il n’est pas souhaitable pour la viabilité de la notation, de créer indéfiniment des pictogrammes en tout point différents des autres. Par ailleurs, le pictogramme se prête mal à la représentation des morphosyllabes de sens abstrait.

Conscients de cela, les scribes-inventeurs mirent en place une ‘économie’ du capital pictographique fondée sur différents principes de dérivations et de combinaison.

Pictogramme

Comme toutes les écritures, l’écriture chinoise a développé sa notation sur la base de pictogrammes. Ces pictogrammes se distingue des représentations iconographiques antérieures à l’écriture par leur position et leurs valeurs au sein d’un code d’écriture substitutif de la langue chinoise archaïque. On peut le caractériser comme :

Graphème monographique distinctif et polyvalent, dont le tracé a été fixé par convention [suivant des stratégies variables de figuration ou de symbolisation soumises à contraintes orthographiques] sur la base d’une analogie (imitation, évocation…) plus ou moins directe avec le référent extralinguistique d’une morphosyllabe, ce référent étant souvent une chose ou un être (réel ou imaginaire). [revoir : référence, triangle sémiotique] ;

La décomposition combinatoire de la notation chinoise permet de mettre à jour environ 250 pictogrammes monographiques, noyau historique de la notation chinoise, d’où sont dérivés, suivant différents principes de dérivation et combinatoires, la quasi totalité des polygrammes et quasi-monogrammes de la notation chinoise.

Presque tous les pictogrammes de la notation chinoise sont attestés dans les écrits de l’époque Shang-Yin. Les recherches étymologiques sur l’origine de leurs tracés doivent donc partir de l’analyse des textes de cette période où les scribes ont très probablement encore conscience du contenu figuratif des pictogrammes.

[Shuowen jiezi : 象形]

Symbologramme

Comme le pictogramme, le symbologramme est un monogramme. Il se différencie du pictogramme en ce qu’il procède d’une symbolisation graphique conventionnelle plus abstraite, sans analogie avec un élément concret de la réalité extralinguistique. [« un », « dix »…] et qu’il est associé historiquement à une morphosyllabe de sens abstrait.

Ils sont au nombre d’une cinquantaine.

[Shuowen jiezi : 指事]

Quasi-monogrammes et polygrammes dérivés des pictogrammes

Pictosymbologramme

Quasi-monogramme :

Pictogramme + trait graphique distinctif (non assimilable à un graphème productif).

[刃 本 末 母太 夫旦  亦天父次叉介孔立每身殳月直至丈血朿寸丹]

Ils sont au nombre de 150 environ dans l’écriture chinoise.

Un grand nombre des pictosymbologrammes historiques sont devenus des monogrammes par suite de déformations graphiques successives et le rapport visuel qu’ils entretenaient avec les pictogrammes de départ n’est plus visible [ >  ; >  ;> ; >].    

[Shuowen jiezi :象形]

Idéopictogramme

Polygramme :

Composé à partir de deux ou plusieurs pictogrammes dont le choix et la position respective sont motivés iconographiquement pour évoquer, plus ou moins directement, le référent d’une morphosyllabe. [即既取逐涉则]

Certains sont composés d’un pictogramme doublé, triplé ou quadruplé. [林森晶品众…][2]

Il sont au nombre de 300 environ dans la notation chinoise. Certains d’entre eux, du fait de déformations successives ou des réformes sont devenus des monogrammes [, , …]

[Shuowen jiezi : 会意]

 

Principales fonctions des pictogrammes et dérivés dans l’écriture chinoise archaïque

Caractère indépendant représentant une morphosyllabe

C’est l’utilisation (ou la création) des pictogrammes suivant le principe du rébus pour représenter une morphosyllabe qui prédomine dans les premiers textes connus (inscriptions de l’époque Shang-Yin), leur utilisation étymologique ou analogique étant importante mais minoritaire.

Principe analogique

Le caractère est affecté à la notation du morphème pour lequel sa forme graphique est motivée, c’est à dire, lorsqu’il y a coïncidence entre son référent (= le contenu pictographique ) et le référent du signe linguistique.

             Triangle sémiotique pour le pictogramme quand il représente le mot « céréale » sur les inscriptions oraculaires Shang-Yin [3]

Principe dérivatif

[…]

Principe phonographique (emprunt, transfert…) 

Principe suivant lequel un caractère est affecté à la notation d’un morphème homonyme ou quasi homonyme de son morphème étymologique (analogique). (voir emprunt  假 借 ).

Triangle sémiotique pour le pictogramme quand il représente l’outil grammatical marquant la probabilité (=)

 

Le principe du rébus, massivement employé, relégua ainsi dès l’origine au second plan la motivation référentielle ou analogique des pictogrammes (= leur contenu pictographique), du fait de la relation régulière qu’il établissait entre le pictogramme et la syllabe (ou le noyau syllabique) commun(e) à une série de morphèmes homophones ou quasi homophones. Un grand nombre de pictogrammes et dérivés sont donc au sortir de la période Shang-Yin disponibles pour fonctionner comme indice phonique dans des polygrammes.

Graphème constituant de polygrammes

[…]

Idéophonogramme

Polygramme

Composé généralement de deux graphèmes (monogramme, polygramme, ou quasi-monogramme) ne relevant pas du même niveau de symbolisation, l’un faisant office d’indice phonique du signifiant de la morphosyllabe représentée, l’autre assurant une fonction distinctive de nature variable, très souvent en relation avec le signifié ou le référent de la morphosyllabe (indice sémique : catégoriel, connotatif, générique, analogique…).

Dans le détail, on distingue plusieurs modalités historique de formation de ces caractères composés […]. Néanmoins une fois créés, les caractères se disposent dans la notation en séries graphiques, partageant soit un indice phonique commun, soit un indice sémique commun.

Notons que dans la période pré-impériale ou la notation chinoise est soumise à des variations régionales importantes, l’indice phonique est beaucoup plus stable que l’indice sémique pour la notation d’une morphosyllabe donnée.

Les idéophonogrammes sont majoritaires dans la notation à partir de la fin de l’antiquité (Royaumes-Combattants).

[Shuowen jiezi : 形声]

La prédominance du principe phonographique dans l’écriture chinoise archaïque a conduit a une situation ou un même caractère pouvait représenter, selon les contextes, plusieurs mots (apparentés ou non). Ce qui pouvait être toléré à l’époque Shang et Zhou Occidentaux, où les écrits (magico-religieux, ritualistes..) relativement stéréotypés avaient des fonctions médiatiques restreintes à un nombre d’usagers limités, posa problème au fur et à mesure de l’extension des usages de l’écriture et de sa démocratisation.

C’est dans ce contexte qu’il faut replacer la recrudescence de néographies créées sur le principe de l’idéophonogramme.

Un nouveau problème se posa après le déclin de la royauté Zhou : les néographies basées sur le principe de l’idéophonogramme allaient être créées, sans concertation centralisée, dans plusieurs centres régionaux de diffusion culturelle, donnant lieu à une situation de variation orthographique problématique, nuisible, notamment à la vocation d’intercompréhension de l’écriture. [>Unification de l’écriture / >Premiers ouvrages lexicographiques].

Idéogramme

Polygramme :

1 - Composé à partir de deux ou plusieurs graphèmes choisis pour leurs valeurs morphosyllabiques respectives, la combinaisons desquelles suggérant une forme de calembour, de métaphore ou de paraphrase de la morphosyllabe représentée. Ce type de combinaison n’est attesté que très tardivement dans l’histoire de la notation chinoise (pas avant les Han). [, , xiǎn]. [4]

Bien que très marginal et tardif, ce type de caractère est souvent pris à tort comme l’archétype du sinogramme.

[Shuowen jiezi : 会意]

Notons que de nombreux idéopictogrammes voire des idéophonogrammes très anciens sont réinterprétés à partir des Han (et même dès les Zhou) comme des idéogrammes, à la faveur d’étymologies populaires.



[1] Comme nous l’avons évoqué plus haut, la dérivation par affixation consonantique, voisement de l’initiale ou changement de voyelles maintenaient les nouvelles unités sémantiques dans le cadre de la syllabe.

[2]  Certains répertorient ce type derrière les idéogrammes.

[3] Reconstruction phonologique de Sagart 1999.

[4] Le procédé a produit quelques néographies à l’époque de la transcriptions des textes bouddhiques en chinois.