CHI521A – Hand-out n°3

 

Cadre historique général d'évolution de l'écriture chinoise

Antiquité : vue d’ensemble

Avant-courriers

Inscriptions sur os-ecailles

Bibliographie

Evolution de la notation

Facteurs externes (socio-historiques) d'évolution de l'écriture

Les styles historiques

La forme curviligne (/linéaire /sigillaire) zhuan

La forme régulière (/brisée / carrée, cléricale …) li

Les systèmes régionaux

Les supports

La période des Royaumes Combattants

Accroissement quantitatif de la notation

Régionalisation et socialisation de l’écriture

Les signes avant-coureurs de la normalisation

De l’unification (221 avant) à l’avènement du premier dictionnaire (121 après) : vue d’ensemble

La Normalisation de la notation chinoise

La révolution de la régulière : de la ligne au trait (zhuan li )

L’engloutissement des écritures antiques

Premier thesaurus indexé de la notation chinoise : Shuowen Jiezi

 

Cadre historique général d'évolution de l'écriture chinoise

Voir tableau

Antiquité : vue d’ensemble      

Avant-courriers

Marques sur poteries, que l'on retrouve depuis l'ère néolithique (5ème-2ème millénaire).

L'ensemble des ces symboles graphiques (quelques dizaines, essentiellement des encoches, des entailles, des symboles géométriques, quelques formes décoratives : masques humanoïdes, poissons, animaux et plantes...) ont des fonctions encore indéterminées. Les chercheurs penchent pour y reconnaître des emblèmes claniques, des marques personnelles d'artisans. En dépit des incertitudes sur leur nature, ces symboles qui perdurent bien après l'invention de l'écriture chinoise (jusqu'aux Printemps et Automne) ne constituent pas un système de représentation de la langue et ne peuvent être considérés comme les ancêtres des caractères d'écriture, même si, formellement, quelques uns leur ressemblent.

Site de 仰韶 yangshao (陕西 ) (-4770 +-134) 半坡村 Banpocun et Xianxian.

Site de 马家窑 Majiayao (甘肃) (-2416 +-264) (signes peints)

Site de 龙山Longshan (山东)大汶口 Dawenkou

Site de 良渚Lianzhu (浙江) (néolithique) 9 marques

Inscriptions sur os-ecailles

Découvertes au début du 20ème siècle, les inscriptions divinatoires sur os et écailles de la dynastie Shang (16è-11è siècle) constituent la plus ancienne attestation d’un système d’écriture déjà pleinement développé.

            

Il semble qu'il faille écarter l'hypothèse d'une filiation entre les inscriptions divinatoires, qui nous ont livrés, pour une période de 3 siècles, 5000 graphies différentes et les quelques dizaines de marques sur poteries néolithiques retrouvées pour une période couvrant trois millénaires. Les inscriptions Shang sur os (omoplates) et carapaces de tortues :

[…] proviennent essentiellement d’un ensemble de tombes royales situées à An Yang, dans la province du Henan. Ces carapaces et os présentent à intervalles réguliers des craquelures, produites par le contact de pointes incandescentes, qui étaient interprétées à des fins divinatoires. On trouve des inscriptions seulement sur une partie de ces objets rituels : tandis que les craquelures visaient à communiquer avec les ancêtres ou les dieux, les inscriptions avaient pour fonction d’archiver certaines des questions soumises à divination – probablement celles qui avaient une implication politique.

Ces documents n’avaient pas été conservés par la tradition épigraphique chinoise. C’est en 1898 que deux lettrés, manipulant des fragments d’« os de dragons » destinés à faire une poudre médicinale, s’aperçurent qu’ils portaient des inscriptions gravées. Ces érudits, bien qu’incapables de les lire, ne doutèrent pas qu’il s’agissait d’une forme archaïque de l’écriture chinoise. Effectivement, on parvint en quelques décennies à identifier plusieurs milliers de caractères, et on lit maintenant plus de la moitié de ces inscriptions.[V. Alleton,2000 [1]]

Nous étudierons deux inscriptions oraculaires dans le semestre.

Bibliographie

VENTURE OLIVIER
Etude d'un emploi rituel de l'écrit dans la Chine archaïque ( XIIIè - VIIIè siècle avant notre ère ). Réflexion sur les matériaux épigraphiques des Shang et des Zhou occidentaux. (thèse de doctorat)

DJAMOURI REDOUANE
« Etude des formes syntaxiques dans les écrits oraculaires gravés sur os et écaille de tortue (Chine XIVè-XIè s. av. J.-C.) », Thèse pour le Doctorat de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris 1988.

Evolution de la notation

Cette période se caractérise pour l'écriture par :

-         la construction permanente du répertoire graphique (= notation), sur deux millénaires et sur une aire géographique étendue et diversifiée linguistiquement ;

-         un fort degré de versatilité d’emploi des caractères et des graphèmes;

-         la prédominance du principe phonographique ;

Facteurs externes (socio-historiques) d'évolution de l'écriture

▪ Elargissement par étapes des fonctions de l’écriture (fonctions d’archivage, ritualistes vers fonctions médiatiques, littérature d’auteur, traités scientifiques etc.…), qui sollicitent de plus en plus de l’écriture une exigence de lisibilité, d’intercompréhension.

▪ Socialisation de l’écriture et élargissement de ses usagers,

▪ Régionalisation et différenciation des usages de la notation.

Les styles historiques

L’histoire de l’évolution de la forme des signes est très complexe, mais on peut reconnaître, en grande approximation, deux grands styles historiques :

▪ Une forme qui nous pouvons qualifier de curviligne (ou linéaire), associée au terme chinois traditionnel zhuan ‘sigillaire’ .

▪ une forme à laquelle nous nous référerons sous les termes de régulière (ou brisée), (cf. écriture cunéiforme « en forme de coin »), associée au terme chinois traditionnel li ‘clérical / de chancellerie / des fonctionnaires…’ .

La forme curviligne (/linéaire /sigillaire) zhuan

La forme curviligne (à rattacher au terme traditionnel chinois zhuan).
Cette forme qui couvre la période Shang – Qin caractérise le stade ou les tracés des graphèmes conservent une certaine parenté de figuralité par rapport aux référents extralinguistiques qui les fondent historiquement, ainsi qu’un certain lien ‘technique’ avec le dessin : les graphèmes ne se réduisent pas à un ensemble limités de traits minimaux, d’orientation conditionnée par l’ergonomie du geste d’écrire.

La curviligne Shang correspond au stade le plus ancien connu de cette forme.

La curviligne des Zhou et un lent glissement de la curviligne Shang. Les tracés de nombreux graphèmes subissent des modifications dont certaines peuvent être attribuées à un perte de perception de l’élément de réalité d’origine, et/ou à une remotivation pictographique de graphèmes démotivés.

La curviligne des Royaumes Combattants est marquée par la régionalisation et l’émergence de formes calligraphiques variées (allongement ou ondulation esthétique des tracés, ajout d'éléments graphiques purement décoratifs, etc. …)

La curviligne des Qin (xiaozhuan 小篆 petite sigillaire), constitue la dernière étape de ce style historique marqué par un effort de normalisation des tracés et de la structure des caractères. Cette normalisation concerne notamment les proportions et une certaine symétrie des graphèmes, une harmonisation calligraphique de la place réciproque des graphèmes dans les caractères composés ainsi que l’établissement d’un gabarit strict pour chaque caractère. Ces codifications ont pour toile de fond la politique de réforme de l’écriture initiée par Qinshihuang et la diffusion de ‘manuels’ visant à sa diffusion. En théorie, la petite sigillaire est le véhicule de cette normalisation.

Evolution de la curviligne (zhuan)  dans l’antiquité (Shang – Zhou Occidentaux – Royaumes Combattants – Qin).

La forme régulière (/brisée / carrée, cléricale …) li

▪ La forme régulière est à rattacher au terme traditionnel chinois li).

Elle caractérise un stade où le tracé des graphèmes et/ou des caractères est progressivement systématiquement réorganisé sur la base de traits graphiques limités stéréotypés, répondant à l’ergonomie du geste d’écriture. Son développement est accéléré par la l’usage d’instruments d’écriture qui glissent (et ne gravent pas) et l’intensification des productions textuelles notamment administratives qui nécessitent une écriture rapide. On retrouve cependant des tracés de 'régulière' sur des supports métalliques, par voie d’influence.

Cette forme marquée par des ajustements successifs sur  plusieurs siècles marque une étape déterminante dans le processus de démotivation graphique des graphèmes par rapport aux référents extra-linguistiques historiques. Les éléments de la notation divorcent progressivement de leur ascendance iconographique.

La forme moderne des caractères descend directement de cette forme historique, dont on peut, d’après les matériaux paléographiques disponibles aujourd’hui, situer l’émergence aux alentours de la période des Printemps et Automnes [2] (mais elle a très bien pu se développer sous forme embryonnaire dès les Zhou Occidentaux, sur des supports perdus).

Cette forme se développe à côté de la forme curviligne. D’après les sources transmises, elle aurait fait l’objet d’une première normalisation à l’époque des Qin et son usage aurait été autorisé, parallèlement à celui de la curviligne officielle (xiaozhuan). Nous pouvons distinguer :

-         une haute régulière (phase embryonnaire se développant sur une base graphique essentiellement curviligne). Elle émerge essentiellement d’inscriptions sur bronze à caractère non monumental (monnaies, armes, indications d’artisans) ainsi que sur les textes tracés au pinceau ;

-         une basse régulière (Han). Les nombreux matériaux paléographiques mis à jour ces dernières années pour la période Qin-Han révèlent une phase transitoire ou la forme régulière domine avec quelques résurgences de tracés curvilignes.

La maturation de la régulière impliqua une telle révolution graphique par rapport à la forme curviligne que les Han seront incapables de déchiffrer les curvilignes pré-impériales.

Les principes généraux de la réorganisation graphique mise en œuvre dans la régulière sont les suivants :

- rectilignisation de certaines lignes courbes :

- suppression des mouvements ascendants et horizontaux orientés vers la gauche :
               (dāo)

- regroupement formel de certains graphèmes :

( dīng > bēi)

Ci-dessous, comparaison entre la curviligne de la cloche Biaojiangzhong datée de la fin des Printemps et Automne (famille régionale de Jin ) avec l'embryonnaire de régulière attestée sur les inscriptions au pinceau sur pierre et jade des Houmamengshu 侯馬盟書 datant de la même période (fin du 5ème s.) et relevant de la même aire géographique :

Evolution de la régulière du 5è s. au 1er s. av. J.-C. :

侯馬盟書 (P. et A., famille de Jin)  -包山楚簡 (R.C., Chu) - 楚帛書(R.C., Chu)  - 睡虎地秦簡(R.C., Qin)

Les systèmes régionaux

Si pendant la période des Zhou Occidentaux l’usage de la notation chinoise se caractérise par un relatif conservatisme et une certaine homogénéité, l’affaiblissement du pouvoir royal des Zhou à partir des Printemps et Automnes va ouvrir la voie aux particularismes régionaux dans les pratiques graphiques, sur toile de fond d’une effervescence culturelle sans précédent.

Au vue des découvertes archéologiques du 20ème siècle, il est possible de distinguer en première approximation pour la période des Zhou Orientaux, cinq grandes aires régionales, identifiées par le nom de la principauté la plus représentative:

- Au nord, l’aire de Yan  (province du Hebei, Ouest et est des Passes) ;

- A l’est, l’aire de Qi , (actuelle province du Shandong), à laquelle sont affiliées les principautés de Lu  , Zhu  , Ren  , Teng  , Xue  , Ju  , Qi  , Ji  , Zhu  … ;

- Au centre, l’aire des Trois Jin  (actuelle province du Shanxi, nord du Henan et sud du Hebei, Est et ouest des Passes), comprenant les trois états issus de l’éclatement de Jin à la fin des Printemps et Automnes : Hán  , Wèi  et Zhào  , ainsi que la principauté de Zhōngshān  , (Est des Passes) ;

- A l’ouest l’aire de Qín  (province du Shaanxi, ouest des Passes) ;

- Au sud l’aire de Chŭ  (provinces du Hubei, Anhui, Jiangsu…) à laquelle sont affiliées les principautés de Wú  , Yuè  , Xú  , Cài  , Sòng  , Zēng  … (régions des fleuves Jiang et Huai   、淮 .

Ces aires sont soumises à des influences réciproques en raison de l’intensification des échanges commerciaux, des flux humains, des déplacements de troupes … qui caractérisent la période. Mais elles présentent des caractéristiques qui justifient leur distinction, en ce qui concerne :

- le tracé de certains graphèmes ou caractères,

- la structure (graphémique) de certains caractères,

- les emprunts et phénomènes d’interchangeabilité (entre caractères) ;

- les styles ornementaux (monumentaux),

- les types de support d’écriture, etc.…

Les supports

Shang : support le plus représenté dans la documentation paléographique actuelle : os, écailles;

Zhou Occidentaux : bronze;

Zhou orientaux : bronze, armes, monnaies, sceaux + soie, bambou (mal et peu conservés alors que ces deux derniers supports étaient dominants à cette époque);

Qin : tambours de pierre, emblèmes (peu de documentation);

Qin-Han : bambou (découvertes récentes et nombreuses dans la région du Changjiang, documents en cours de traitement).

! Attention à l’inégale représentation des supports (selon leur degré de conservation) dans la documentation paléographique disponible. Des facteurs géologiques régionaux interviennent aussi dans la représentation inégale des principautés sur le plan des découvertes archéologiques.

Documents paléographiques représentés :

-          Inscription de Zhou Cigui 此簋, bronze (roi Xuan, Shaanxi)

-          Inscription de Jin Houmamengshu 侯马盟书 , serments au pinceau sur pierre et jade, fin 5ème siècle,

-          Cloche Biaojiangzhong 骉羌种 ,bronze) -404, (Luoyang, Henan)

-          Inscriptions de Zhongshan 中山 , bronze) -309 (Pingshanxian, Hebei)

-          Inscriptions de Yue Yuewanggoujian 戉王句剑 (épée), (Hubei); R.C.;

-          Inscriptions de Chu, bambou, Baoshan Chujian 包山楚简, R.C.,.

-          Inscriptions de Chu sur soie Chuboshu 楚帛书, R.C.;

-          Inscriptions de Qin , pierre, Zuchuwen 詛楚文 , P.A.;

-          Inscriptions de Qin, bambou,  Shuihudi 睡虎地 (Yunmeng, province du Hubei)

La période des Royaumes Combattants

Des Royaumes Combattants, période de très fort dynamisme dans le développement de l’écriture chinoise, ressortira la notation qui servira de socle aux langues chinoises écrites classique et moderne, mais aussi, à divers titres, pendant plusieurs siècles, aux langues écrites coréennes, vietnamiennes et jusqu’à nos jours à la langue écrite japonaise.

Accroissement quantitatif de la notation

Trois siècles après l’amorce du déclin de la royauté des Zhou, débute la période dite des Royaumes Combattants qui provoquera une transformation radicale dans tous les aspects de la société chinoise avant de se conclure par la constitution de l’empire unifié (221-206). Le répertoire graphique de l’écriture existant à l’époque, héritage des textes archaïques (essentiellement magico–religieux et ritualistes) des époques Shang et Zhou, est alors soumis à un effort d’adaptation accéléré sans précédent.

La notation chinoise doit s’adapter aux exigences d’une vie sociale en pleine mutation, dans tous ses domaines essentiels : économique, technique, politique, culturel, intellectuel… et de surcroît, en l’absence totale d’organisme institutionnel centralisé.

La grande majorité des néographies créées à cette époque sont des idéophonogrammes.

Régionalisation et socialisation de l’écriture

Ce contexte d’une Chine morcelée autour d’une dizaine de pouvoir régionaux, fait de l’écriture de l’époque, un champ ouvert aux manifestations de créativité, d’invention, d’innovation et de particularismes locaux. 

Des styles usuels moins conservateurs se développent sous l’effet de la socialisation de l’écriture (cf. le développement de la régulière, li).

Les signes avant-coureurs de la normalisation

Néanmoins, ce mouvement n’est pas uniquement synonyme d’anarchie et de désordre comme on se le représente parfois. L’accroissement des contacts inter–régionaux, commerciaux et militaires, la grande mobilité sociale qui caractérise la période, contribuent à un brassage d’expériences graphiques, parfois issues d’aires culturelles et linguistiques très éloignées. Des consensus parviennent à s’établir sur l’usage d’un nombre important de néographies.

De l’unification (221 avant) à l’avènement du premier dictionnaire (121 après) : vue d’ensemble

La Normalisation de la notation chinoise

La normalisation institutionnelle de l’écriture débutée sous les Qin et parachevée sous les Han (puis les Tang), peut être interprétée en première analyse comme une réaction contre :

- La différenciation des répertoires graphiques régionaux ;

- L’inflation des caractères interchangeables sur une base phonographique. Ce phénomène peut en effet générer d’importantes variations régionales dans les systèmes d’écriture régionaux ou liés à telle activité ou catégorie sociale…

- La multivalence des graphèmes ;

Une telle écriture va à l’encontre de l’outil de gouvernement et de communication d’une administration centralisée. Cette situation appelle deux mesures :

- une redéfinition autoritaire de la structure de la notation, avec choix et éliminations dans la notation cumulative Shang/Zhou ;

- l’imposition d’une norme orthographique, qui consiste à attribuer aux lexies de la tradition culturelle commune, une graphie fixe.

Même si la standardisation n’est pas parachevée sous les Qin, le principe d’une norme orthographique existe désormais (et avec lui les notions de graphies correctes / incorrectes / vulgaires…), à partir de laquelle la notation est appelée à se figer, à cesser de se construire (progressivement, car l’usage résiste à  la norme).

A partir du Shuowen, il existera un outil de référence pour ne pas écrire n’importe quel caractère.

Parallèlement, l'évolution de la langue va épauler ce gel de la notation : les nouvelles unités de sens tendent à être produites sur la base du synthème (par combinaison de morphèmes existants), ce qui diminue naturellement le besoin de créer de nouveaux sinogrammes.

La révolution de la régulière : de la ligne au trait (zhuan li )

Les décrets de standardisation de l’écriture sont promulgués. Elle a en principe pour véhicule la notation en style curviligne dite Petit Sceau (xiaozhuan), réservé aux usages officiels et protocolaires, mais parallèlement, un style régulier ultérieurement nommé clérical (lishu) est autorisé à se développer dans les usages administratifs. Ce style aura de fait totalement supplanté le Petit Sceau à l'époque des premiers Han (à l’exception d’usages marginaux).

Le plus ancien document en lishu dont on dispose est celui des manuscrits sur soie (testaments ) découverts à Mawangdui (Changsha, tombe 1 et 3).

L’engloutissement des écritures antiques

C’est à l’époque des Royaumes Combattants qu’à été élaborée la plus grande partie du patrimoine littéraire antique transmis, dont héritera la Chine impériale et la Chine moderne. Mais on néglige souvent de souligner que c’est sous une forme très altérée que s’est transmis cette héritage. Sa forme originale est perdue.

Nous avons vu que la situation de l’écriture au sortir des Royaumes Combattants est un handicap au fonctionnement d‘une administration impériale centralisée. Dans le but d’affermir sa puissance politique et sous le prétexte d’éliminer les formes d’écriture divergentes de la nouvelle notation standard, le premier empereur ordonne l’incendie des livres des Cents Ecoles (-213) et l’assassinat de plus de quatre cents maîtres perpétuant leurs traditions.

Les troubles militaires de l’entre-deux dynastie Qin/Han contribuèrent à la dispersion, la perte ou l’endommagement de ce qui pouvait rester de manuscrits antiques. La reconstitution de ces textes fut le résultat d’un effort volontariste des premiers Han qui, d’un côté récupérèrent certaines copies de ces textes en régulière d’époque, de l’autre les recueillirent sous la dictée des maîtres qui en avaient perpétué oralement l’enseignement.

C'est ainsi que lorsque l’on retrouva sous les Han quelques spécimens pré-impériaux de textes antiques, « personne ne fut sur le moment capable de les déchiffrer… » (Hanshu).

Premier thesaurus indexé de la notation chinoise : Shuowen Jiezi

C’est dans ce contexte qu’il faut replacer, près de trois siècles et demi après le lancement de la standardisation institutionnelle, la présentation à la cour des Han Orientaux, en 121, du premier ouvrage lexicographique chinois, le Shuowen Jiezi.

C’était l’œuvre d’un immense érudit de l’époque, Xu Shen (58-147) , héritier d’une tradition philologique créditant les copies de canons en style antique (Cf.handout n°4).

Par chance, cette ouvrage de valeur paléographique et lexicographique s’est transmis, 'relativement' peu corrompu jusqu’à nos jours alors que toutes ses sources, contemporaines (Han) et antiques (Royaumes Combattants) se sont perdues au cours des accidents de l’histoire.

Le Shuowen Jiezi est une œuvre doublement majeure :

-         Sur le plan paléographique :   
derrière 9353 entrées données en curviligne de Qin (xiaozhuan), sont répertoriées plus d’un millier de variantes, dont environ 700 variantes extraites de manuscrits pré-impériaux.    
Sont ainsi préservés in extremis la mémoire de certains aspects du patrimoine graphique de la fin de l’antiquité, la totalité de la curviligne standardisée de Qin (> xiaozhuan小篆), une partie de la haute curviligne des Zhou (> dazhuan大篆 - zhouwen籀文), quelques graphies des manuscrits des Royaumes Combattants redécouverts au début des Han (> guwen古文).        
Cette visée conservatoire et cumulative restera le modèle des grands dictionnaires élaborés dans les dynasties suivantes ;

-         Sur le plan lexicographique : Il établit un système de classement graphématique raisonné révolutionnaire qui restera le modèle du genre (>> clefs d’indexation bushou) facilitant la manipulation d’une notation riche d’une dizaine de millier de symboles.

Bien que dans une large mesure conditionné par les besoins des travaux philologiques sur les Classiques menés depuis le début des Han, le Shuowen est aussi symptomatique, dans sa structure, du stade de développement de la notation chinoise à l’époque des han :

-          la supplantation de la curviligne antique par le style régulier, qui aboutit, après un processus d’environ cinq siècles, à un divorce sans précédent de la notation avec ses origines pictographiques.

-          l’expansion quantitative de la notation et la difficulté de sa maîtrise pour les besoins de plus en plus complexes des fonctionnaires et des lettrés.



[1] V. Alleton, L’écriture chinoise, richesse symbolique et empreinte poétique, 2000.

[2] le corpus des Houma mengshu 侯 马 孟 书 , inscriptions au pinceau sur pierre et jade datant de la veille de l’éclatement de Jin (début du 5ème siècle), constitue à ce jour le plus ancien témoignage d'une forme naissante de régulière dès la fin des Printemps et Automnes.