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NOTES SUR LE DÉVELOPPEMENT DU PROJET Sino Ponts (1997-1999) 
 

Fabienne MARC, ENPC-DFI,
Chargée de mission DFI / Presse des Ponts
Depuis 1999 : Maître de conférence en Langue et linguistique chinoises à l'INALCO

Préambule
Les fondements pédagogiques et didactiques du projet d'ELAO que je conduis aux Ponts depuis septembre 1997 sont synthétisés dans une communication présentée au 26ème congrès de l’UPLEGESS  "Formation initiale à la langue et à l'écriture chinoises pour élèves–ingénieurs : objectifs, cursus, perspectives". En résumé, il s'agit de constituer pour nos étudiants une "bibliothèque" de didacticiels multimédia fondés sur des vidéos authentiques chinois, didactisées informatiquement. Ces ressources gravées sur CD-ROM sont destinées à être exploitées en  semi-autonomie (avec évaluation) ou en autonomie totale. A terme, une solution devrait être envisagée pour qu'elles soient accessibles sur le réseau. Le maquettage pédagogique est développé dans un cahier des charges d'un outil d'ELAO permettant à l'enseignant de créer en nombre et sans programmation, des didacticiels multimédia de chinois.

Pédagogie vers technologie: précision du projet
La formation internationale dans les écoles d'ingénieurs doit se donner les moyens de suivre et d'identifier les contributions les plus pertinentes des TIC pour faire progresser l'enseignement et l'apprentissage des langues vivantes.
Dans la première phase de la mission, nous avons confronté un projet initial à une réflexion approfondie sur les nouveaux concepts, usages et stratégies qu'implique l'intégration des TIC dans les formations langues d'un côté, à l'évaluation des potentiels technologiques disponibles de l'autre.
Cette étape nous a permis de valider la pertinence du projet, de produire le cahier des charges détaillé pour sa mise en oeuvre et d'être à même de faire un choix d'outil de développement.
La complexité et la rapidité du développement des TIC, les exigences d'une élaboration pédagogique et didactique pertinente, le caractère encore largement expérimental des premières expériences d'intégration des TIC dans les formations langues, non encore validées dans la durée, justifient certainement la décharge de cours accordée.

 Il est fondamental de veiller à ce que l'intégration des nouvelles technologies dans les formations langues parte bien de :

vers :

et non l'inverse… L'enseignant a pour mission de projeter les nouvelles possibilités technologiques dans le cadre de besoins pédagogiques clairement identifiés. Ceci implique d'être en mesure de faire le distinguo entre les dispositifs s'assimilant à des radotages techniques et ceux susceptibles de générer de réelles plus-values en matière de formation linguistique. Par ailleurs, une fois un projet mis en place, une réflexion sur son évaluation dans la durée ne pourra être esquivée.

La mise à jour des problèmes dans l'enseignement traditionnel du chinois (non-spécialistes de niveaux avancé, dans le contexte d'une grande école d'ingénieur), a  donné lieu à l'élaboration d'une solution pédagogique susceptible de contribuer efficacement à y remédier. C'est le projet Sinoponts.

Genèse du projet Sinoponts
Où l'idée rencontre les moyens et la dynamique
Deux ans après avoir créé le nouveau cours de chinois à l'École, j'ai présenté à M.-A. Cammarota, chef du DFI, un projet succinct pour la création de ressources linguistiques basées sur des vidéos chinoises. Enseignant le chinois depuis une dizaine d'années dans tous les contextes imaginables (Universités, lycées et collèges, formation continue...) comme langue de spécialité ou non, j'avais depuis longtemps envie d'exploiter des ressources audio-visuelles "authentiques" dans mes cours, et ce, le plus tôt possible dans les cursus. J'avais été particulièrement impressionnée et totalement convaincue par les arguments présentés par un de mes collègues allemand, Anton Lachner, dans une communication au congrès annuel de notre Association des Professeur de chinois  "Cinéma et informatique au service de l'enseignement des langues: le cas du chinois." Mais il fallut attendre le déménagement de l'École à Champs-sur-Marne, pour que l'idée rencontre enfin le minimum de moyens et de dynamique nécessaires à sa maturation et à sa réalisation.

        Pour les moyens matériels, Ce furent notamment :

- un laboratoire multimédia équipé de 1O postes élèves et d'un poste de pilotage et de création multimédia. Cet équipement aujourd'hui obsolète (puissance très  insuffisante des machines, logiciels de création multimédia "bas de gamme" etc. ...) , m'a néanmoins permis de réaliser différentes expérimentations très utiles avec les élèves, à partir d'éléments vidéos numérisés et sommairement didactisés avec les moyens du bord.

        pour la dynamique ce furent :

- M.-A. Cammarota chef du DFI, et G. Coronio, directeur de la Presse des Ponts, qui ont accepté de soutenir et de piloter  mon projet depuis le début, en me laissant toute latitude pour le faire évoluer, me perfectionner dans le domaine de l'ELAO (Enseignement des Langues Assistée par Ordinateurs ), et finalement, aboutir la réalisation du  cahier des charge d'une application permettant de créer des didacticiels multimédia de chinois;

- des élèves performants et motivés, qui après trois trimestres d'initiation intensive, très exigeante en travail personnel, ont bien voulu jouer le jeu des expérimentations en laboratoire;

- L'équipe des ingénieurs et techniciens de la DIT, qui a toujours répondu présente aux SOS assistance du labo B220. Elle a effectué cet été une mise à jour minimale, qui  me permet, en attendant la réalisation des didacticiels de chinois, de commencer à rôder une méthodologie de travail (exploitation des sites d'Internet, en articulation avec la prise en main des meilleurs logiciels de chinois existants).   

Un problème pédagogique, un remède... pas la panacée ...

Le chinois n'est certes pas une langue "rare", mais c'est une langue dont le contexte socioculturel est fort éloigné, "rarement" accessible (très peu de programmes T.V. en V.O., quelques émissions sur le câble, mais essentiellement des informations...). L'absence de passerelle étymologique avec les langues indo-européennes nécessite des approches pédagogiques spécifiques, en renfort des méthodes traditionnelles d'apprentissage des langues étrangères.

Ainsi par exemple, l'intérêt d'un l'immersion complète (bien avérée dans le cas de langues génétiquement apparentées à la langue maternelle de l'apprenant), sans maîtrise préalable suffisante des principes syntaxiques et lexicologiques généraux de la langue, est-elle mise en question dans le cas du chinois. C'est donc une démarche rationnelle pour toute personne désireuse de se lancer dans l'apprentissage de cette langue, que de suivre dans son pays, une formation initiale minimum, qui lui permettra vraiment de profiter des avantages d'une immersion en Chine.

Néanmoins, on constate que, outre le fait que la distance avec l'environnement chinois devient rapidement  frustrante pour un public très motivé, la principale difficulté des apprenants lors de leur premier séjour en Chine est la compréhension orale. Le chinois en effet n'est pas une langue plus difficile qu'une autre (plutôt moins, d'ailleurs... contrairement aux idées reçues), mais la variété des accents (je ne parle même pas de la variété des langues régionales), qui plus est, dans un environnement très dépaysant, est un problème qui bloque souvent le processus naturel de perfectionnement en situation d'immersion.

Les principales raisons de la très faible utilisation de ressources vidéos dans les cours de chinois, ou bien, quand elle est réalisée, de leur faible efficacité sont :

Intérêt des didacticiels multimédia de chinois basés sur la vidéo
Les principaux objectifs des ressources que nous souhaitons créer sont d'ordre linguistique et culturel :

Le traitement informatique des extraits filmiques permet de rompre avec la déprimante volatilité du support vidéo. Il permet d’unir dans un même support (l’écran) l’habillage didactique d’un extrait (exercices, vocabulaire, script...), et l’extrait lui-même. Il permet à  l’élève de travailler à son rythme, de revenir sur un passage précis,  de répéter phrase à phrase, d’accéder à des aides à la compréhension...
Il ne nécessite pas nécessairement la présence du professeur. Il permet à l’enseignant d’établir une programmation des extraits par degré de difficulté etc. ..
Il n’existe à l’heure actuelle sur le marché que très peu de CD Rom adaptés au niveau intermédiaire et avancé. De plus, aucune chaîne de télévision chinoise n’est encore accessible par le câble.

Quelles ressources vidéo ?

Les films de fiction sont des matériaux linguistiques très intéressants qui mettent en scène la langue en même temps que le contexte socioculturel. il constitue un bon support de simulation d’immersion. On peut y sélectionner des extraits de dialogues accessibles aux débutants avancés. Ils sont motivants et attractifs (cf. le travail mené en T5/T6 avec les élèves des promos 98 et 99, à partir d’extrait de Mumaren  木马人 et de Xiao cheng zhi chun 小城之春, « Le gardien de chevaux » [Xie Jin 1983], «Printemps d’une petite ville » [Fei Mu 1948], qui, bien que très difficile, a plu aux élèves en relançant leur motivation). La Chine présente par ailleurs, depuis les années 30, un contingent important de réalisateurs exceptionnellement brillants.
Les séries B de la télévision, bien qu’offrant peu d’intérêt artistique sont des matériaux linguistiques de tout premier ordre : simplicité des dialogues, grande actualité de la langue (aucun manuel ne peut être aussi à jour, en ce qui concerne les expressions nouvelles, les nouveaux comportements... que génèrent le rythme accéléré des transformations économiques et sociales en Chine depuis la fin des années 70).
Les débats télévisés sont aussi d’excellentes sources, pour accéder à un discours relevant de la langue parlée (redites, hésitations...), mais porteur de contenus riches.
La langue des documentaires ne présente généralement pas de difficulté syntaxique pour l’étudiant maîtrisant les savoirs de base. Par contre, elle permet d’aborder différent registres lexicaux centrés sur un même thème (niveau de langue soutenue dans la présentation du sujet ou dans le commentaire en voix off des reportages, registres variés de langue parlée lors des micros-trottoirs, des interviews…).

Enquête de faisabilité pour le projet sinoponts

Ce travail a permis entre autre :
- la validation de la pertinence de la démarche de fond et l'affinement du travail d'approche;
- familiarisation avec les produits d'ELAO (programmes auteurs et CDRom).

Contacts et échanges d'expérience avec les intervenants impliqués dans l'utilisation des TIC dans l'enseignement des langues vivantes (responsables et enseignants des formations langues des grandes écoles, des chambres de commerce et d'industrie, des universités, Certem de l'IUFM de Paris).

CERTEM de l'IUFM Paris, septembre 1997 : rencontre avec Pascal JABLONKA, concepteur du programme auteur d'EAO "Hyperlab" pour Macintosh. Démonstration par G. Jounnenc, diffuseur du produit, à l'ENPC.

ENSMA de Poitiers, Centre de ressources Langues, septembre 1997- : Alexandre GLAD, Responsable des échanges internationaux, ex–responsable du CRL, auteur d'une centaine de séquences pédagogiques multimédia, réalisées avec "Hyperlab" et gravées sur CD-ROM, pour le perfectionnement à l'anglais de l'ingénieur. Visite du laboratoire en présence des étudiants travaillant sur les ressources. Entretien avec A. GLAD sur la mise en œuvre du projet, l'évaluation de l'efficacité des ressources, les avantages et les limites du programme auteur utilisé…). Voir annexe XXX, A. GLAD : « Ressources multimédia en accès libre, exemple de réalisation », communication présentée au Colloque de l’Université Technologique de Compiégne, mars 1997.

UFR EILA (Etudes Interculturelles de Langues Appliquées) Université Paris 7, septembre 1997 : participation au stage de prise en main du programme–auteur "Lavac" (très décevant), (l'UFR EILA est équipé d'un laboratoire multimédia EDU4, comme le DFI).

CERELC, Université Grenoble 3, 5/6 décembre 1997 : stage "Ingénierie pédagogique et nouvelles technologies dans les formations autonomes et collectives". Réflexion sur les concepts, usages et stratégies de l'intégration des nouvelles technologies éducatives, notamment dans les formations langues, et manipulation de plusieurs outils de création multimédia (Speaker et Createst, Ematech,  Partner Tools de Teleste Open, Toolbook…).

EXPOLANGUES, janvier 1998 : démonstration du CD-ROM "Tell me more" d'Auralog (méthode d'anglais interactive avec reconnaissance vocale) ; rencontre avec Michel PERRIN, directeur du Département de Langues Vivantes Pratiques de l'Université Bordeaux 2 et concepteur de l'excellent programme VIFAX, système multimédia pour l'apprentissage des langues, via Internet et le câble..

Université de Technologie de Compiègne, 26/28 mars 1998 : colloque "Les réseaux multimédias et les langues étrangères : quelle pédagogie pour quelle technologie ? Quelle technologie pour quelle pédagogie ?". Colloque centré sur la question du passage de l'enseignement des langues assisté par ordinateur vers les réseaux en ligne..

26ème Congrès de l'UPLEGESS, (Union des Professeurs de Langues des Grandes Écoles), École nationale supérieure des Mines de Saint-Étienne, 28/29 mai 1998 : "L'enseignement des langues dans les Grandes Écoles : programmes, contenus, idées directrices".

Université de Berne, Département de Linguistique Appliquée, septembre 1998 : colloque "les nouveaux média dans l'enseignement de la langue chinoise". "

Voir aussi ma page de Liens pour l'ELAO (Enseignement / apprentissage des langues assisté par ordinateur)